C’est toujours un plaisir de retrouver Teofilo Chantre. Depuis Terra & Cretcheu (1993), son premier album sur le label Lusafrica, on savait qu’il comptait parmi les plus talentueux compositeurs cap-verdiens de sa génération, de la qualité d’un B.leza, le grand rénovateur de la morna. La plume précise et pleine d’images de Teofilo, offerte à Césaria Evora depuis l'album Miss Perfumado, nous enchantait déjà…
Mais dans ce cinquième album, qui porte bien son nom, il s’ouvre davantage aux vents du monde. On voyage toujours avec ses langoureuses coladeiras, ses mornas à l’infinie douceur, sa saudade caressante. Mais comme d’autres artistes cap-verdiens - Mario Lucio ou Mayra Andrade - Teofilo Chantre lorgne du côté du Brésil. Il dessine au fil de ses albums une bossa nova cap-verdienne au déhanché sensuel, comme dans Un Monde Hororable, où il rend hommage au Brésil, au fado et à Nougaro…
Car Teofilo l’exilé vit en France depuis plus de 25 ans et s’aventure de plus en plus à écrire en français. Dans sa bouche, les mots du quotidien swinguent et deviennent mélodie, comme ceux d’autres poètes au coeur vagabond, Nougaro justement, ou Lavilliers. Oli’Me Ma Bô, l’évident duo avec ce dernier, nous propulse, tard dans la nuit, au fond d’un bar de São Vicente, un verre de rhum en main.
Mais l’album MeStissage est réussi car il est varié, ce qui n’est pas toujours le fort de Teofilo Chantre, il faut bien l’avouer. Ici, certains morceaux prennent une tournure inattendue. Le très lucide Entre-temps dresse un inventaire à la Prévert des mots technologiques qui ont envahi notre vocabulaire et mordent sur la (vraie) vie. Au Restau de l’Exil, Teofilo signe une chronique douce-amère de la vie exilée. Les derniers mots du morceau donnent à l’album une conclusion parfaite : « Nostalgie dort tranquille/ tout le monde va danser ».